La Chapelle Saint-Wendelin

Il était une fois… Une chapelle Saint Wendelin à Kertzfeld

Près du village de Kertzfeld, non loin de la route qui mène à Westhouse, au lieu-dit « Die Binn », se trouvait autrefois une chapelle. Ce sanctuaire, dédié à St Wendelin, fut durant plusieurs siècles, un des pèlerinages les plus fréquentés du Centre Alsace. Cette petite église a malheureusement disparu depuis belle lurette et rares sont les personnes actuelles du village qui se rappellent de son existence et de son passé glorieux.

Le culte de St Wendelin nous arrive des provinces germaniques d’Outre-Rhin et a plus marqué la basse que la haute Alsace. Il est honoré comme le protecteur du bétail et est le patron du Kochersberg. Son culte est installé en Alsace dès le 14ème siècle, mais ne prendra toute son ampleur qu’à partir du milieu du 15ème siècle.

La date exacte de construction de la chapelle de Kertzfeld est incertaine. Les rares archives qui subsistent permettent de situer son avènement entre l’an 1450 et 1490. La première mention écrite apparaît dans un document datant du 15ème siècle (Liber animarum Rectoratus Benfeldis) où il stipule : « in banno ville Kertzfeld, im Schere velde by der Cappellen ».

Il est donc très probable que cette chapelle fut construite après la terrible guerre des Armagnacs en 1444. Cette calamité fut telle que dans notre région des hameaux entiers disparurent à tout jamais tels que Holzheim près de Westhouse (actuel Holzbad), Folkesheim entre Sand et Uttenheim ou Anholsheim et Veltzheim dans la banlieue de Kertzfeld. En 1445, prit fin cette terreur et les survivants se mirent à reconstruire péniblement leurs maisons et églises.

On admet que c’est à cette période que furent construits de nombreux édifices religieux dont la chapelle de Kertzfeld.

Les terribles maladies de l’époque telle la peste bubonique et les maladies du bétail, ô combien redoutées, restaient une menace constante pour la population. Face à la maladie, l’homme de cette époque n’avait souvent plus d’autres secours que de faire appel à un saint auquel il confiait son drame avec l’espoir qu’il l’aiderait à plaider sa cause auprès du Très Haut afin d’obtenir le miracle de la guérison.

Une partie des revenus et des dons provenant des offrandes de la chapelle provenait du curé du village. C’est ainsi, dans une lettre aux environs de 1630 destinée à l’évêque, que le « Capelon » d’Eschau et ancien curé de Kertzfeld, Paul Greef, demande qu’on lui verse son dû. Selon ce dernier, ce droit remonte très loin dans le temps : »Das die Capelle zur Kertzfelden allezeit einen Prister so oft sie vacirendt confeniert worde… »

En 1666, l’évêque de Strasbourg en visite à Kertzfeld, mentionne dans ses conclusions que le village possède : « eine Kapelle Sanckt Wendelini ausserhalb des Dorfes ».

Les Heimburger Rechnungen de Kertzfeld du 18ème siècle, nous rapportent des renseignements intéressants concernant la fête St Wendelin. Ainsi, tous les ans, le 20 octobre, des pèlerins venus de toute la région du Centre Alsace, emmenant très souvent avec eux leur bétail malade se retrouvèrent à Kertzfeld devant la chapelle pour honorer le saint. Il est difficile pour nous actuellement de s’imaginer la ferveur qui régnait à cette fête. Une procession, à travers le ban de Kertzfeld, ouvrait la cérémonie et ensuite, tout le monde se retrouvait autour de la chapelle pour une grand-messe. L’affluence était telle que le curé du village se faisait aider par un prêtre du couvent d’ Ehl : « Dem Hern Patribus Fransiscaner zur Ehl für das Ambt und Predig in der Capelle auf St Wendiling Tag ».

L’apogée de ce lieu de pèlerinage fut sans aucun doute les années 1728 et 1729. En effet, une épidémie bovine régnait en Alsace ; son ampleur ne fut jamais égalée. Tout le cheptel fut décimé en quelques mois. Les habitants de Westhouse, complètement démunis devant cette maladie, firent appel à un spécialiste du Brisgau, mais rien n’y fit, tous les animaux succombèrent. On creusa des fosses dans la forêt de Kertzfeld et de Westhouse pour y enterrer les carcasses : « Den Taglöhner von den Gruben im Walde zu machen für das tode Viehe darin zu verdelben ».

Une terrible famine régnait dans les villages, les enfants et les vieillards mouraient en grand nombre. Les registres paroissiaux de cette époque en sont les témoins. Le pèlerinage de Kertzfeld était de plus en plus fréquentés ; les gens y déposaient des offrandes et très souvent y laissaient en ex-voto avec l’espoir d’une guérison prochaine pour leur bétail malade. En 1769, une grande rénovation de la chapelle fut entreprise. Après une réparation totale de la toiture et des murs extérieurs, on dota l’intérieur de trois nouveaux autels. Le chemin qui menait à ce lieu de culte fut réparé et on y dressa une nouvelle croix.

En 1819 la commune déclare, dans un courrier adressé à l’évêché, que Kertzfeld ne possède plus de chapelle digne de ce nom. Malgré cela, quelques personnes du village voulurent encore y croire et demandèrent, à plusieurs reprises, une rénovation de la part de la commune. Les idées du maire et de la population étaient ailleurs ; on pensait déjà à la construction d’une nouvelle église à Kertzfeld. Le 12 juillet 1829, l’irréparable arriva ; la chapelle fut livrée aux démolisseurs et les matériaux vendus furent utilisés pour la construction de séchoirs à tabac ou de hangars. Après le « nettoyage » de la place, la nature reprit le dessus et, plus tard, des maisons furent construites. La messe était dite : « la belle chapelle et le pèlerinage Saint Wendelin avaient vécu ».

Si, un jour de promenade, vous contemplez votre beau village, alors portez un regard sur la maison de M. et Mme Bernard Jérome (décédé. Domicilié 22a rue de Stotzheim) et, sachez que c’est ici, exactement à cet endroit, que se trouvait jadis une chapelle où des milliers de gens ont porté leurs espoirs dans un saint prénommé Wendelin. 

On ne possède aucun plan de cette chapelle, mais elle n’était guère plus grande que celle du Holzbad à Westhouse. Elle était flanquée d’un clocheton muni d’une seule cloche qui fut refondue à Kogenheim en 1748.

D’année en année, les archives nous renseignent sur le culote de Saint Wendelin à Kertzfeld, mais hélas, cette belle tradition allait être brisée quand souffla le vent de la grande révolution. La dernière procession fut tenue en 1791. Quelques temps plus tard, les patriotes dévastèrent cette belle petite chapelle. Le mobilier fut totalement détruit, les ex-voto piétinés et brûlés. Après le passage de ces fanatiques, il ne restait plus qu’un spectacle de désolation. La bâtisse se trouvait ouverte aux quatre vents ; elle servait désormais de refuge de nuit aux vagabonds et de place de jeux des enfants du village.

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